Histoire après histoire, Daphné enchaîne les mecs qui lui Font du mal. Jusqu’au Jour où une plongée dans ses souvenirs lui permet de tourner la page.

« Je ne vais pas tarder »,m’avait écrit Thierry à 21 heures. Il était minuit. Plus de trois heures que je l’attendais, saucissonnée dans une robe fourreau rouge. On avait prévu un dîner en tête à tête ; je venais de décrocher un rôle important au théâtre. J’étais aux anges. Lui ? Je ne savais pas très bien où il était. Et mes nombreux messages étaient restés sans réponse. Cette fois, la fête était finie. Les lasagnes « comme il aime » séchaient dans le four, la bouteille de champagne était presque vide et, moi, je ne voulais plus vivre ces soirées « déprime ».

Comme souvent, Thierry avait disparu. Depuis un an, plus il m’en faisait voir, plus je m’accrochais à lui. Au début, je m’inquiétais de ses absences. Je le voyais à l’hôpital succomber aux blessures d’un terrible accident ou pris en embuscade par une bande de skinheads agressifs. Mais, très vite, j’ai compris que ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était lui… lui et la jolie régisseuse rencontrée lors d’un tournage, lui et la comédienne principale, lui et la maquilleuse sans doute aussi, et même lui et le serveur du bar, en bas de chez lui, qu’il draguait sans scrupule devant moi. Thierry n’était pas sectaire ; il appréciait autant les filles que les garçons.

Le problème, c’est qu’il les appréciait en même temps que moi, et que j’avalais ses grossiers bobards. Il y en a eu, des mystérieux cousins bordelais déprimés ou des meilleur(e)s ami(e)s éploré(e)s qu’il fallait tout à coup consoler !

LE RÂTEAU DE TROP

Je l’avais rencontré sur le tournage d’une pub qu’il réalisait. Son bagou me plut tout de suite. Mais cela ne suffisait pas pour nourrir une histoire. J’étais sans cesse malheureuse à l’attendre, à essayer De lui plaire, jalousant vite la moindre de ses connaissances. Je ne comprenais pas ce que je trouvais à ce type. Il n’était même pas beau, encore moins talentueux, même s’il se prenait pour Spielberg. Pourtant, je restais.

Un mécanisme que je connaissais par cœur. Je n’en étais pas à mon coup d’essai avec un salaud. Depuis le lycée, je les collectionnais. J’avais 37 ans, ça en faisait, du salaud ! J’avais Tout eu : le collègue allumeur, l’amant dominateur, l’insatiable qui a cru que mon nom était « Plan Q », le menteur qui se tape la terre entière (Thierry, donc), l’homme marié qui va quitter sa femme… « Si, si, je te le jure… » la blague. J’ai attendu deux ans. À chaque fois, j’étais raide dingue jusqu’à ce que je réalise, au bout de quelques mois ou de quelques années, que ça ne marcherait jamais.

J’étais incapable de rencontrer un mec gentil. Pire, je ne les regardais même pas. Ça m’avait toujours semblé suspect, un mec bien. Et, surtout, ce n’était pas pour moi, comme si je ne le méritais pas. Mais, cette nuit-là, dans la pénombre de mon salon, je me suis trouvée si pathétique que je me promis d’abord de quitter ce goujat, ensuite d’agir. Je refusais, une minute de plus, de continuer à me faire souffrir. Un sursaut d’amour-propre qui me fit l’effet d’un électrochoc. Le lendemain, Thierry fut surpris d’apprendre que ses affaires l’attendaient chez la gardienne. « Ah oui ? » me lança-t-il, persuadé que j’allais changer d’avis. Après avoir balancé « Gros blaireau », j’ai raccroché.

Ça m’a fait du bien. Restait à sortir de ce schéma relationnel douloureux. Je voulais être heureuse, ne plus me cacher derrière l’angoisse d’un désamour. La solution m’apparut, évidente : l’hypnose. Grâce à celle-ci, j’avais arrêté de fumer. Il n’y avait aucune raison que ça ne fonctionne pas avec les salauds.

QUAND HIER GUÉRIT DEMAIN

Je croyais que, en une séance, ce serait plié. Mais mon hypnothérapeute commença par un entretien psycho sur ma vie, mon enfance heureuse, mes parents charmants… et ma mère, bien sûr. Il comprit très vite que notre relation était un chouia complexe. Elle avait une manière très à elle de me témoigner son amour : de loin et sans entraver sa liberté. Belle, charismatique, elle aimait voir tourner les choses autour d’elle. Élevée par sa grand-mère, elle n’avait jamais connu la douceur d’une caresse sur la joue. Bingo ! Selon mon hypnothérapeute, là se nichait « une des hypothétiques raisons » de mon mal-être.

Moi, je ne voyais pas le rapport avec « mes » salauds. Il insista : « Ce lien maternel basé sur le rejet est sans doute à l’origine de votre conditionnement émotionnel. » en gros, selon lui, je rejouais « l’abandon affectif » de ma mère à chaque histoire d’amour. Mouais… Je n’étais pas convaincue, mais je lui laissais le bénéfice du doute. Une semaine plus tard, il me proposa une séance d’« hypnose régressive ». Quoi ? « Il faut réparer l’émotion associée à votre trauma d’enfance », me dit-il d’une voix ferme. J’étais prête à tout voyage spatio-temporel du moment qu’il raie de ma mémoire cette « salaud-mania ».

D’un coup, j’y étais. Dans un sommeil éveillé, comme si je me voyais d’en haut, j’étais dans la chambre de mes parents, à supplier ma mère de me prendre dans ses bras. Je devais avoir 4 ou 5 ans. Tout me revenait, jusqu’à son parfum de musc. Elle se maquillait, assise devant sa coiffeuse, un miroir à la main. Comme toujours, elle était belle et indifférente. Pour attirer son attention, je m’étais laissée tomber du lit sur le sol, violemment. J’avais mal au front, je pleurais, elle ne bougeait pas. « Consolez votre enfant intérieur », m’invita l’hypnothérapeute, cette fois très doux. Et je me suis vue prendre cette enfant dans les bras et la serrer contre mon cœur, lui murmurant des mots tendres. Quelle émotion ! Je ne m’attendais pas à ça. En sortant du cabinet, j’avais envie de fumer (c’est ballot). Cette plongée inattendue dans mes souvenirs m’avait bouleversée.

Mais je n’étais pas triste. Je marchais dans la rue comme sur du coton. Je me sentais drôle, différente, sans que rien en moi ait pour autant fondamentalement changé. Les jours qui ont suivi, j’ai fait des rêves bizarres, de moi enfant, de ma mère, et puis de tous ces types avec lesquels j’avais si éperdument cherché  l’amour. J’étais étrangement apaisée. Que l’hypnose porte ses fruits ou non, j’avais mis des mots et des images sur mon dysfonctionnement. Ayant enfin compris, je me sentais en mesure de tourner la page et de pardonner à ma mère.

Je suis restée seule presque un an. Je ne ressentais plus ce besoin impérieux d’être avec quelqu’un. Je n’avais plus peur d’être seule. Et puis, le régisseur du théâtre est devenu un ami. Un vrai. Pas un type qui voulait me sauter. Quelqu’un de profondément gentil. On est devenus super complices. Il m’a montré que la bienveillance n’était pas une faiblesse, m’a donné envie de croire que, moi aussi, je pourrais recevoir des mots d’amour. Désormais, je flaire les salauds à des kilomètres à la ronde… et les mecs bien aussi. Et lui, c’en est un.Je ne vais pas le laisser filer.

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