Elles ont plus de 20 ans et n’ont jamais fait l’amour. Parce qu’elles ont peur, n’ont jamais été amoureuses, sont croyantes ou, simplement, parce qu’elles refusent de faire comme les autres. Enquête sur des jeunes femmes vierges finalement très libres.

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Être une femme vierge peut vivre comme une grande souffrance

« Une fille qui n’a jamais fait l’amour… ? Non, ça, j’ai pas. Des filles qui ont plein d’amants, oui, mais des vierges… » Quand on demande autour de soi qui connaît une fille « qui n’a jamais couché avec un garçon, sans être ultra croyante et qui a plus de 20 ans », un silence gêné s’installe. Puis vient le : « Moi ? Connaître quelqu’un de pas cool à ce point-là ? » La chair n’est plus triste, elle est tyrannique. « La sexualité est devenue un domaine de plus où il faut être performant, regrette Béatrice Copper-Royer, psychologue pour adolescents. Nous manquons totalement de liberté ! Il y a vingt-cinq ans, quand j’ai commencé à exercer, personne ne s’inquiétait d’être encore vierge à un certain âge. Aujourd’hui, on se sent marginal, presque taré. C’était un étendard, c’est devenu un fardeau. » Paris Hilton a beau déclarer qu’elle souhaite se faire recoudre l’hymen avant de se marier, la virginité est considérée, de nos jours, au pire comme intégriste, au mieux comme ridicule (cf. le succès du film comique américain « 40 ans, toujours puceau »). Pour les vierges tardifs – VT, comme on dit sur les forums Internet –, c’est même une grande souffrance. Tous parlent de la peur qui les étreint, de l’impression de manquer de confiance en eux, d’avoir « raté un train à l’adolescence ».

CERTAINES ATTENDENT DE TROUVER LA BONNE PERSONNE, LE BON MOMENT

Pourtant, il en existe encore des « Jeanne d’Arc next door », qui vivent tranquillement leur exception. « Beaucoup plus qu’on ne croit, assure la gynécologue Catherine Solano, auteure, avec Pascal de Sutter, de “La Mécanique sexuelle des hommes” (éd. Robert Laffont). Ce ne sont pas des filles coincées, ce sont des personnes qui pensent simplement différemment. On est dans une société bizarre : tout le monde est persuadé que les autres vivent plein d’aventures sexuelles ! Mais la réalité est autre. » Ces jeunes femmes n’attendent pas le prince charmant à qui donner leur fleur sacrée, elles ne désirent pas non plus se consacrer à Dieu – bien qu’elles soient généralement croyantes –, elles attendent juste de trouver la bonne personne, le bon moment. Et n’entendent pas se laisser dicter leur vie sexuelle par qui que ce soit. « Qu’est-ce que ça peut leur faire, aux gens, si je ne suis pas comme tout le monde ? » s’insurge Valérie, 27 ans. Cette pulpeuse esthéticienne vient de se fiancer et a décidé d’attendre le soir du mariage pour connaître son homme au sens biblique. « Lui l’a déjà fait, cela me rassure un peu… On est croyants tous les deux, on s’est d’ailleurs rencontrés dans un groupe à la synagogue. Ça va faire deux ans maintenant qu’on est ensemble. Je me dis que c’est formidable de n’appartenir qu’à lui ! Que ça me suffira dans la vie, je n’ai pas besoin de mille histoires, de tous ces trucs que mes copines me racontent. Et mes ex respectaient ça, même si ça rendait les choses un peu plus sérieuses. Il y avait un enjeu. Mais jamais on ne s’est moqué de moi. »

UN BOUCLIER POUR RÉSISTER AUX HOMMES ?

Mathilde, 26 ans, attachée de presse, préfère, elle, n’en parler à personne. « On me regardait trop bizarrement quand je le disais, explique t- elle. On me conseillait de consulter… Je me sens, bien sûr, un peu différente des autres, mais je suis heureuse de cet état parce que j’ai l’impression qu’il me sert un peu de bouclier. Cela met une barrière entre les hommes et moi. Je me demande tout de suite : est-ce qu’avec lui je le ferais ? Et si la réponse est non, alors je ne donne pas suite. Ce n’est pas que je veuille attendre le mariage, c’est que j’aimerais que cela soit fait avec un homme que j’aime. Et qui m’aime. Sinon, ça me dégoûte. J’aurais l’impression d’être au Moyen Age, je me sentirais humiliée d’avoir obéi. » Un bouclier pour résister aux hommes ? Seraient-ils si menaçants dans l’inconscient collectif ? « Hélas, regrette Yaëlle Amsellem-Mainguy, sociologue et auteure d’une étude sur les jeunes et la sexualité, nous avons gardé ancré en nous le cliché selon lequel les hommes ont des besoins et les femmes des sentiments. » Rester vierge serait, pour ces jeunes femmes, échapper à un vieux diktat ? « C’est vrai que je déteste l’idée que cela soit un dû ! confirme Nathalie, 24 ans, étudiante en droit. J’adore être avec un garçon, j’éprouve du désir et je fais pas mal de trucs… continue-t-elle en rougissant, mais je n’aime pas cette pression qu’ils mettent tout de suite. Du coup, je dis non, moins pour rester vierge, ce qui, au fond, m’est un peu égal, que parce que je n’ai pas envie de céder pour céder. J’attends d’être sûre d’aimer et d’être aimée. »